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Ces écoles où les enseignants se font agresser par leurs élèves

04-09-2012
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Dans certains collèges, lycées…, la peur s’est emparée des professeurs : les élèves n’hésitent pas à les menacer ouvertement. L’agression peut être verbale, mais aussi physique et aller jusqu’à l’usage de l’arme blanche.

 

 

Les temps ont changé. Naguère, on se plaignait de la violence infligée par les enseignants à leurs élèves (bastonnade, falaqa, coups sur les bouts des doigts…) et le monde de la pédagogie et de l’éducation, en émoi, criait au scandale, à la maltraitance des enfants. Aujourd’hui, la donne a changé. Ce sont plutôt les enseignants et le staff administratif des établissements scolaires qui dénoncent les avanies d’une génération d’élèves dépourvue d’éducation et qui inflige aux éducateurs les pires humiliations. Les exemples et les témoignages ne manquent pas.
La scène se passe dans un lycée au quartier Hay Hassani à Casablanca, au mois de janvier dernier. On est en plein examen normalisé niveau brevet. La surveillante, 24 ans, professeur de philo dans le même lycée, essaye non sans difficulté de mettre de l’ordre dans la classe et d’empêcher la fraude. Les élèves n’en ont cure, certains, pour l’intimider, se mettent à l’invectiver, usant d’un langage vulgaire. L’un d’eux, particulièrement irascible, la menaçe ouvertement de représailles une fois dans la rue si elle ne le laisse pas copier. «Il me fixait durant toute la séance d’un regard menaçant, plein de haine, j’étais terrorisée. Deux jours de calvaire. La surveillance fait tellement peur que tout le monde commence à la fuir», avoue la surveillante. Le deuxième jour, voyant les menaces et l’agressivité de l’élève monter d’un cran, elle appelle alors la police avant de quitter l’établissement pour assurer sa sécurité. La police arrive et dresse un PV de l’incident. «A la fin, je me suis désistée. Le garçon était manifestement drogué et ne savait pas ce qu’il faisait. Si je maintenais ma plainte on ne le laisserait pas terminer son examen». En réalité, elle craignait que son agresseur se venge d’elle, et, Dieu sait de quelle manière il aurait agi. 
En temps d’examen comme en temps normal, le climat au sein de certains collèges et lycées devient en effet électrique. Et il n’est pas rare que l’arme blanche soit de la partie pour mieux intimider professeurs et personnel administratif. «Il nous est arrivé de découvrir des couteaux dans les cartables des élèves. Et de la drogue aussi. Une fois, on a trouvé dans le cartable d’une fille de 14 ans une grosse plaque de hashich. On a été obligé d’appeler la police», révèle Mohamed Abourachid, surveillant général dans un lycée casablancais. Un de ses collègues, il y a quelques mois, révèle-t-il, a reçu un coup de tête en plein visage par un élève. Il a eu une fracture du nez. La police (il y a désormais une brigade de la police judiciaire dédiée à la sécurité dans les établissements scolaires) intervient pour dresser un PV, et appréhender l’agresseur. Là encore, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, la victime a retiré sa plainte. «A quoi ça sert d’envoyer un adolescent de 15 ans en taule, ça ne fera que le précipiter dans la délinquance», se dit-il. 
M. Abourachid, 51 ans, enseignant puis surveillant général durant 23 ans de service, assure n’avoir jamais été témoin d’une violence et d’agressions aussi fréquentes que ces dernières années. L’agression peut être verbale chargée d’insultes ignobles ; elle peut être physique, entre élèves eux-mêmes ou entre ces derniers et leurs enseignants. Mais il y a aussi une violence contre les biens des établissements scolaires : chaises et tables saccagées, tableaux rayés, murs couverts de graffitis obscènes… «Et nous sommes obligés d’intervenir à chaque fois pour jouer les pompiers, mais jusqu’à quand ? Gérer 3 000 élèves avec seulement trois surveillants généraux est intenable, sachant que, depuis quelques années, on ne recrute plus pour remplacer dans l’administration une personne qui part en retraite», s’indigne M. Abourachid.

Des directeurs dépassés par les événements abdiquent  

Certains directeurs d’établissements sont dépassés par les événements, n’étant pas eux-mêmes à l’abri de menaces ou d’insultes au vu de tout le monde. «A l’intérieur des classes, ce sont les femmes qui sont les plus visées par les élèves ; parfois à cause de leur tenue vestimentaire ou leur coiffure. Il existe des victimes d’agissements malsains en plein cours qui viennent me voir en pleurs. Plusieurs ont sombré dans la dépression. J’ai beau menacer, passer les irréductibles en conseil de discipline, la situation ne fait qu’empirer», reconnaît avec amertume ce directeur d’un collège à Hay Mohammadi. Ne pouvant rien faire pour endiguer cette montée d’agressivités, certains directeurs ont baissé les bras. Des Salle numéro 8 (film télévisuel qui a fait sensation au Maroc où la professeur de français devait faire face à l’indiscipline de deux élèves qui lui rendaient la vie dure) sont légion dans les lycées et collèges, surtout dans les quartiers surpeuplés. Comme c’est le cas de ce lycée de Hay Hassani : 3 000 élèves, une trentaine de rixes par jour, des élèves issus de quartiers pauvres et de familles brisées où la violence est quotidienne. 
«La majorité de ces élèves perturbateurs sont issus de parents séparés, ou sont nés de père inconnu, tous les ingrédients sont là pour qu’ils soient violents et perturbateurs», constate M. Abourachid. Même scénario dans des dizaines de collèges et de lycées de quartiers défavorisés à Casablanca. «Il n’est pas rare d’entendre un élève, quand l’administration lui demande de se présenter accompagné de son père suite à un mauvais comportement, de mauvaises notes ou d’absences répétées, dire que lui-même ne connaît pas son père. Un autre dit ne pas pouvoir entrer à la maison où il vit avec sa mère que tard la nuit, étant donné que cette dernière est absorbée par son travail de… prostituée. Comment voulez-vous que ces enfants soient des élèves modèles ?», s’interroge Mohamed Quenouch, président de la Fédération des associations des parents d’élèves. Un demi-million de bébés ont été abandonnés au Maroc entre 2003 et 2006, dont les parents sont inconnus, révèle récemment, suite à une enquête, l’association INSAF. C’est dire que l’école n’est pas un espace isolé, mais il est le réceptacle de toutes les formes de violence qui sévissent dans la société. 
«La violence fait partie de la nature humaine. C’est une réaction à une autre violence... Je dirais que toutes les réponses de la société sont violentes», analyse Mohssine Benzakour, psychosociologue, qui vient de publier un ouvrage intitulé Communiquer autrement (Ed. Edisoft, février 2012). La violence des élèves contre leurs éducateurs dans certains établissements scolaires n’est, pour le psychosociologue, que le résultat «de maltraitance et de violence subies, dès la petite enfance, de la maternelle au collège». 

La violence contre les enseignants, phénomène universel

Les universités elles-mêmes ne sont plus épargnées. Lors des derniers examens partiels à la Faculté de droit d’Agadir en janvier (Université Ibn Zohr), des étudiants n’auraient pas hésité, selon les médias, à poser sur leurs tables des coutelas en guise de menace à l’égard de tout professeur ne les laissant pas frauder. «C’est un peu exagéré», tempère Houssein Aboudrar, doyen de ladite faculté. Et d’ajouter que ce type d’attitude reste «isolé, car ces comportements ont coïncidé cette année avec des règlements de comptes entre étudiants d’obédiences politiques différentes». Des agressions contre les professeurs par les étudiants ? «La violence verbale comme les insultes, ça existe, mais tout dépend de la personnalité de l’enseignant et de la manière dont il dispense son cours», répond, sereinement, le doyen. 
L’école est le reflet de la société où la violence est présente dans la rue, c’est vrai ; de l’éducation dans la famille où les conflits entre parents sont monnaie courante ; des images de sang et de corps gisant par terre transmises par les médias comme la télé ou l’internet... Ce n’est pas tout, et cela n’explique pas le degré d’indiscipline atteint par les élèves dans les collèges et les lycées marocains, voire, selon une étude, dans ceux de tout le Maghreb. En Tunisie, par exemple, les enseignants ont créé un observatoire spécialement dédié à la lutte contre l’indiscipline des élèves : 15 procès ont été intentés pour violence et agression contre les enseignants au cours des six premiers mois de l’année scolaire 2010, 20 grèves ont été observées par les enseignants en l’espace de deux mois cette même année pour protester contre la violence. 
C’est de bonne guerre, affirme dans l’un des ses écrits Saloua Charfi, professeur universitaire en communication et journaliste tunisienne, et il fallait agir, car, «en Tunisie, la loi interdit les châtiments corporels à l’école sous peine de prison pour les enseignants coupables de cet acte. Mais les élèves se permettent d’agresser leurs professeurs». 
Comment expliquer alors ce changement radical des valeurs? Et quels sont les moyens pour y remédier ? Les mauvaises notes et les punitions n’expliquent pas, elles non plus, cette violence. D’autres causes sont incriminées : le corps enseignant, qui, autrefois faisait partie des «notables», a perdu de sa respectabilité et de son aura. Une dépréciation d’autant plus forte que son niveau pédagogique et intellectuel a pris un coup. Son sens du sacrifice et du civisme aussi. Même la tenue vestimentaire de l’enseignant n’a plus son éclat d’antan, on est loin du maître correctement vêtu, qui impose respect et suscite admiration, voire vénération. 
«Comment voulez-vous que l’élève soit respectueux de son professeur alors que ce dernier se présente en classe avec un habit de taliban et une longue barbe ? Qu’un autre donne le cours en état d’ébriété ?… Il ne faut pas généraliser certes, mais il faut appeler les choses par leurs noms», s’indigne M. Quenouch. 
Bref, on est loin du temps où, quand on demandait à l’élève le métier qu’il voudrait exercer à l’avenir, il répondait sans hésitation «maître d’école». Ceci étant, on ne peut pas mettre tous les enseignants dans le même panier, mais il est notoire que l’intérêt personnel a pris le dessus sur la noblesse de la mission «d’éducateur qui est la leur», accuse ce parent d’élève. Il faudrait également souligner la dépréciation des diplômes. L’école produit des chômeurs, et il n’y a plus de motivation des jeunes pour les études. L’école publique n’est plus cet espace attractif qui ouvre l’appétit d’apprentissage et d’épanouissement, nombre d’élèves y vont comme s’ils allaient en prison. Des cours dispensés dans un seul objectif, la préparation aux examens. L’école n’est plus, ou peu, pourvue de ces terrains de sport qui charriaient naguère des milliers d’assoiffés de sport lesmercredis on vendredis après-
midi. 
«La violence contre les enseignants et contre l’autorité de l’école, si elle n’est pas compréhensible elle est justifiée», indique cet inspecteur général de l’enseignement. Le remède ? Un seul ne suffit pas, il faudra tout un traitement. M. Quenouch en connaît quelque chose, ayant lui-même acquis une formation d’éducateur, du fait qu’il a essayé aussi sur le terrain un de ces traitements, et le résultat était probant (voir encadré). Selon lui, quand la police intervient pour résoudre les conflits au sein d’un établissement scolaire, c’est un constat d’échec de la famille, de l’administration, des enseignants, des associations des parents d’élèves et du ministère de tutelle. Sa recette : l’élève, pour s’impliquer et s’assagir, a besoin d’être écouté, valorisé, responsabilisé. Comme le dit M. Benzakour, l’école c’est tout un système avec de nombreux acteurs : élèves, enseignants, parents, chefs des établissements, éducateurs, autorités, quartiers, responsables institutionnels, responsables politiques, médias… 
Parmi les maillons dont est composé ce système il y a ce qu’il appelle «la formation initiale et continue des enseignants. Une formation des chefs des établissements à la gestion d’un groupe, à l’animation d’une équipe, à l’organisation de liens avec l’extérieur. Pour les enseignants, une incitation et un accompagnement . Une incitation et non une obligation et des avantages pour que les équipes ainsi formées (avec suivi extérieur) puissent rester stables», conclut le psychosociologue.

 

Expérience pilote dans un lycée à Casablanca : L’élève veut être écouté, valorisé, responsabilisé...

 

On est au début des années 2000. Lieu : lycée Moulay Idriss (Casa-Anfa). L’association des parents d’élèves, alertée par le taux d’absence élevé, d’actes de violence et du nombre inquiétant des conseils de discipline, intervient. Son président réunit, dans une classe, ces «mouchaghibines» (faiseurs de troubles) dont se plaint le proviseur de l’établissement pour les écouter. Pourquoi tant de violence et d’absences ? «C’est l’administration qui nous réprime, jamais le directeur ne daigne recevoir un élève quand il le demande. Quand on veut profiter des terrains de sport, il nous chasse. Nous sautons alors les murs pour y jouer quelques après-midi», répondent les «mouchaghibines». Le président leur propose alors une solution, à titre d’expérience : un tournoi interclasse les  vendredis après-midis. Mais à une condition : qu’ils adressent une demande écrite au proviseur, qu’ils s’occupent eux-mêmes de l’organisation, d’installer un comité de vigilance qui veille de bout en bout sur le déroulement du tournoi. Le proviseur reçoit dans ses bureaux le comité d’organisation (sur demande de l’association), il les écoute attentivement autour d’un verre de thé. «Ils n’en reviennent pas», raconte le président de l’association. Ils se sont démenés, tout fait pour réussir cet «exploit». En effet, la cour du lycée battait au rythme de ces tournois qui avaient duré plusieurs semaines. «D’autres élèves sont venus me voir, en vue d’organiser des tournois d’échecs, de basket-ball, de ping-pong. On a même organisé des rencontres littéraires en invitant des écrivains», se félicite le président. Le résultat a dépassé les espérances : le taux d’absentéisme est passé de 15% à 6%, le nombre des conseils de discipline de 5 par mois à 4 par an, l’intérêt des élèves récalcitrants pour l’école s’est stimulé. «C’est simple, l’élève a besoin d’être écouté, valorisé, responsabilisé, si c’est le cas, il changera de comportement», conclut le président.

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