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Arrêtons de copier la France : ce que j'ai vu en Amérique latine

18-09-2018
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L'enseignement privé professionnel et supérieur ne doit plus être considéré comme un secteur social, remplissant une fonction subsidiaire à celle de l'Etat. Il doit être érigé en véritable secteur économique, avec sa logique industrielle, sa création d’emplois, sa formation de ressources humaines, sa stratégie de mise à niveau technique et son taux d’activité à l'export.

Il est de plus en plus établi aujourd’hui que les Etats ne parviendront plus à assurer, seuls, l’offre éducative, particulièrement dans les pays où la demande en compétences est grande. La conséquence directe en est que le secteur privé doit combler le déficit accusé par le système de formation publique, au plan quantitatif, par défaut de budgets suffisants (mais pourtant très importants), au plan qualitatif, pour des raisons d’inefficacité d’utilisation de ces budgets. Pour ce faire, le secteur privé professionnel et supérieur ne doit plus être considéré comme un secteur social, remplissant une fonction subsidiaire à celle de l’Etat, qui consiste en l’éducation et l’habilitation à un emploi. Il doit être érigé en véritable secteur économique, positionné en amont de la chaîne macro-économique de production de valeur, avec sa logique économique, sa création d’emplois, sa formation de ses propres ressources humaines, sa stratégie de mise à niveau technique et son taux d’activité à l’export. Bref, une vraie insertion dans le fameux tableau des échanges industriels de la Comptabilité nationale. 


Le Chili : une machine de guerre contre le chômage

Ces recommandations sont inspirées du système chilien de l’enseignement professionnel et supérieur, que j’ai pu examiner lors d’une mission d’exploration organisée par la SFI-Banque Mondiale en Amérique latine, dans le cadre de l’initiative Education for Employment de la Banque Mondiale, visant à encourager l’inspiration des modèles de pays du Sud. Elle a regroupé une dizaine d’opérateurs et consultants en éducation, de financiers, et d’employeurs du monde arabe, dont le Maroc, que j’ai eu l’honneur de représenter.

La structure économique du Chili est plus proche du Maroc que celle du Brésil ou de la Colombie. Cependant, et grâce à un développement basé sur la formation des ressources humaines, le PIB/habitant est de 16 000 dollars américains, contre 5 000. Malgré cela, la classe pauvre est relativement importante. Aussi, ne peut-on pas dire que l’essor du secteur de l’enseignement est redevable au boom économique. On ne peut non plus dire que la domination des classes à revenu faible ait constitué une entrave au secteur privé.

Sur une population de 17 millions, le Chili affiche des taux de scolarisation élevés (63% de la tranche d’âge du préscolaire, 97% du scolaire et 92% du secondaire). Le taux d’inscription dans l’éducation post-Bac est de 23% contre 15% pour le Maroc, et le Chili met fortement l’accent sur les formations dites VET, qui se composent, au sein des mêmes établissements, de formations techniques (Bac+2) et de formations professionnelles (Bac+4) tout à fait assimilables à nos licences professionnelles, voire au-delà. Dans ces niveaux de formation, le privé représente 57% de l’effectif, alors qu’il représente 70% dans l’enseignement universitaire. Bien qu’il soit payant, le secteur VET s’adresse à 57% aux plus bas quintiles de la population chilienne, contre 34% pour le niveau universitaire. Sur le plan du mode d’administration, le Chili est connu pour être un pays où les autorités procèdent davantage par la régulation que par l’administration du secteur. Les opérateurs disposent d’une liberté totale de créer des établissements privés qui, après 3 ou 5 ans de visites d’évaluation, obtiennent le statut autonome de pouvoir créer leurs programmes académiques. Après une année d’autonomie réussie, l’établissement est totalement accrédité par l’Etat et peut préparer à toutes les formations, y compris la médecine et les métiers du droit. Une autre particularité de taille est que dans l’enseignement supérieur, seul le statut de fondation à but non lucratif est autorisé. L’Université Los Andes à Santiago est à vocation catholique et assure des formations d’excellence en ingénierie, business, médecine et droit. Installée en 1989 sur un campus de 62 hectares, elle regroupe 7 000 étudiants, offre 80 programmes et emploie plus de 1 500 personnes. Les frais de scolarité étant élevés, avoisinant les 9 000 dollars, l’institution offre des bourses à hauteur de 28% des inscrits et attire des étudiants sélectionnés de l’ensemble du continent. 

Dans le secteur professionnel, de bons établissements privés sont même devenus producteurs de normes académiques pour l’ensemble du secteur national, et ce, grâce à une profonde co-construction des programmes avec l’industrie et les opérateurs économiques. Ceux d’entre eux que nous avons rencontrés à l’établissement de formation Duoc UC étaient tout aussi imprégnés des programmes que les responsables académiques eux-mêmes. Duoc est un établissement leader à but non lucratif basé à Santiago, filiale de l’Université catholique pontificale du Chili, elle-même sponsorisée par l’Eglise. Mais l’établissement a été créé par une association de lauréats, puis il a grandi grâce à un marché dynamique, appuyé par la pertinence de son Business Model et le levier des financements extérieurs. Il combine  la formation technique Bac+2 à la formation professionnelle Bac+4, et a atteint l’effectif de 71 500 étudiants en 2012. L’objectif de 2015 est de 100 000 étudiants. Le chiffre d’affaires réalisé atteint 192 millions dollars en 2011, sur la base de frais de scolarité annuels de 2 800 dollars. Un projet qui rapporte 14% de retour sur investissement, mais sans distribution de dividendes. 

Le Business Model cible les classes moyennes et pauvres, et permet d’élargir l’assiette de recrutement. La proportion d’étudiants en cours du soir est importante, et contribue à améliorer la solvabilité et l’extension de l’effectif.  Duoc représente ainsi à lui seul 20% du marché national, et plus de 33% du privé. Pour illustrer sa parfaite et fluide imbrication au mécanisme du marché, Duoc n’effectue  aucune sélection ni orientation forcée à l’entrée, et à la sortie, le taux d’insertion professionnelle annoncé est de 90% au terme de 6 mois, avec des salaires étalés entre 1 150 et 2 450 dollars, pour certaines spécialités telles que l’IT, le commerce extérieur, la communication ou le génie électrique. Un retour sur investissement excellent pour l’étudiant, et qui encourage abondamment le recours à l’emprunt.

L’effet de levier du financement


Un facteur-clé du succès est le mode de financement de cette véritable machine de guerre au chômage. A l’origine, une condition sine qua none est celle de la culture du Tuition Based Education, l’enseignement payant. Dès qu’il s’agit d’une formation conduisant à un métier et un salaire, cela est considéré comme un investissement, qu’il est possible de rentabiliser, et quel que soit le niveau de revenu des populations. Pour soutenir les couches pauvres, au Brésil l’Etat va jusqu’à supporter les frais de scolarité des étudiants admis dans le privé et justifiant de leur situation sociale. Le mécanisme consiste en une déduction systématique des impôts et taxes dus par l’établissement. Au-delà de ces bourses publiques, les universités et écoles offrent également des bourses sur critères croisés (mérite/besoin). Mais la source de financement la plus importante reste le prêt aux étudiants, véritable logistique de guerre. Ideal Invest, structure brésilienne leader, s’est spécialisé dans un mécanisme ingénieux d’intermédiation. Il consiste en l’origination de prêts étudiants de court terme, revolving et cumulatifs, à travers un réseau de commerciaux, et dont le partenariat avec les banques consiste en l’utilisation de leur réseau d’agences pour parachever les contrats, et en la mobilisation de fonds par le biais de bons et obligations, garanties soit par l’Etat, soit par la SFI. Cette dernière s’est engagée par la garantie d’un prêt à hauteur de 7,5 millions de dollars au profit d’Ideal, qui a mobilisé au total 65 millions de dollars depuis sa création en 2011. De leur côté, les banques, dont l’aversion au prêt étudiants et à la gestion de petits comptes est connue, trouvent tout à fait leur intérêt dans ce mécanisme innovant. Enfin, le mécanisme est complété par une régulation des taux d’intérêt, qui bénéficient d’une subvention de l’Etat, pour atteindre des planchers de 6%, contre 10 à 12% sur le marché. Une négociation est menée au Chili pour atteindre 2%. Pour leur part, les universités font des offres de couverture totale des charges de crédit en fonction des places disponibles, afin d’améliorer leurs taux de remplissage.

Le Maroc gagnerait considérablement à s’inspirer des modèles du Sud, plutôt qu’à dupliquer des schémas européens, et notamment français, inadaptés au contexte socio-économique et aux possibilités financières de l’Etat.

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